vendredi 22 mars 2024

Compte rendu de partie D&D5 : Renaissance - 10

 

Renaissance

Compte-rendu n°10 – partie du 16 mars 2024

 La compagnie du Hibou Argenté : 

  •  Annasthéa Serindë, l’archère arcanique cherchant à faire renaître le vieux royaume de la Haute Forêt,   
  • Quine Holimion la Prêtresse de Corellon Larethian,
  • Lotharo Siannodel, le chantelame en quête de savoir
  • Calidor Eaucalme le barbare qui cherche à protéger le monde des lapins garous
  • Snaefried Ombreuse, seule non-elfe du groupe, une humaine roublarde des quartiers chauds de Solaun qui suit la compagnie en recherche de richesses.

 

Voyage vers Nauglon


Le soleil ne s’était pas encore levé sur la Haute-Forêt quand les compagnons firent leurs adieux à Dornil et aux elfes.

« Bonne chance dame Annasthéa » dit le prince.

« Vous aussi, vous vous engagez sur une route dangereuse » répondit l’archère arcanique.

« Je sais. Mais je ne serais pas seul. Votre quête est primordiale, si nous pouvons vous faciliter la tâche nous devons le faire. »

Elefria vint également les saluer.

« Je vais repartir de l’autre côté des montagnes. Notre clan doit savoir que quelque chose s’organise et je vais les presser de rejoindre Dornil. »

« Faites attention à vous. » lui dit Quine.

« Tu as envoyé un message à Solaun pour les prévenir que les troupes ennemies vont dans leur direction ? » chuchota Lotharo à Annasthéa.

L’archère opina du chef.

Le groupe se mit en route à travers la forêt.

Après plusieurs heures de marches, loin des sentiers, à travers les champs de fougères, nos compagnons atteignirent les contreforts de l’Echine du Dragon et la montée fut plus lente.

Le premier jour se passa sans encombre. Annasthéa, posté en éclaireur en avant du groupe pris soin de lui faire éviter les patrouilles ennemies.

Dans l’après-midi du second, ils repérèrent même un groupe important d’ennemis en train d’installer un des fameux focaliseurs. La tentation était grande d’attaquer, mais l’opposition était forte et Lotharo pressa ses compagnons de ne pas se laisser distraire de leur quête. La mort dans l’âme, Quine et Annasthéa se rangèrent à son avis. La compagnie poursuivit son chemin jusqu’ ‘à la tombée de la nuit.

La ravine qu’Annasthéa avait trouvée pour faire halte s’est avérée un endroit détestable pour camper. La pluie forte qui était tombée au crépuscule transforma le sol en gadoue profonde alimentée par les parois.

« Vous parlez d’une forestière ! » Pesta Lotharo.

Sous cette pluie battante et devant des mines maussades, un Lotharo excédé devait une fois de plus mener un rituel pour invoquer l’abri de Léomund.

La solution avait l’avantage que tout le monde serait au sec, même s’il fallait se serrer.

 

***

 

Le lendemain, la compagnie se remit en route. Le ciel était toujours couvert mais la pluie avait baissé en intensité, réduite à un crachin.

« D’après mes estimations, nous ne devrions pas être loin de notre objectif. L’avant-poste de Nauglon est quelque part au nord-est dans la montagne. En toute logique nous devrions commencer à avoir des indices de sa présence dans les prochaines heures. » Commenta Lotharo, le nez fiché sur sa carte.

Le groupe continua dans la direction indiquée. L’altitude augmentait et la forêt profonde faisait place aux chaumes avec un sol vallonné, des rochers et des sous-bois de sapins touffus. L’atmosphère devenait à la fois inquiétante et mélancolique. La Haute Forêt, qui leur paraissait déjà bien silencieuse, l’était ici encore plus. Quelques heures plus tard ils gravirent une colline boisée couronnée d’une muraille de sapins noyée dans une brume épaisse.

Après avoir traversé cette dernière, le groupe constata que la rangée d’arbres avait l’air peu naturelle, assez droite. Plus encore, ils furent surpris de constater qu’après quelques mètres de terre, la colline se terminait abruptement en une falaise à pic.

« Fichtre ! Tu es sûr que c’est le bon chemin ? » Interrogea Calidor.

« Evidemment. Il a dû y avoir un éboulement. Cela peut arriver avec le temps. Il n’y a qu’à longer la falaise voilà tout. » Répondit le danselame.

Pendant que le groupe s’était arrêté autour de Lotharo, Annasthéa avait gravi la pente le long de la falaise.

« Hé ! Regardez ! » Cria-t-elle.

Les compagnons la rejoignirent et elle leur désigna du doigt des pierres indubitablement maçonnées affleurant de la terre. Elles faisaient clairement partie d’un escalier. L’humus des arbres et la terre ravinée avec le temps l’avait recouvert.

« Bon ! Vous voyez !? Il suffit de suivre l’escalier. » Proclama Lotharo satisfait.

Le groupe monta la pente, Le brouillard épais ne permettait plus de voir à plus de quelques mètres devant soi et le silence était pesant. Les pas des aventuriers sur la pierre se faisaient au rythme des clapotis de la pluie.

Soudain Annasthéa et Lotharo marchèrent sur une dalle instable qui bascula dans le vide. Avec des réflexes foudroyants, le danselame se projeta en arrière dans un saut et se rétablit sur le piédestal d’une ancienne statue en ruine. L’archère arcanique n’eut pas la même vitesse. Pris au dépourvue, elle ne dût son salut qu’à une racine à laquelle elle parvint s’agripper jusqu’à ce que Calidor la remonte.

« Ahem… » Lotharo s’éclaircit la voit sur son piédestal. « Faites attention où vous mettez les pieds. »

La compagnie du Hibou Argenté poursuivit son ascension et soudain la brume cessa. Ils étaient parvenus au-dessus du nuage. De là ils pouvaient voir le haut du massif. L’escalier de pierre prenait un virage sur la droite au flanc de la montagne avant de s’arrêter à une plate-forme. Cette plate-forme donnait sur un autre escalier menant à une antique porte de pierre creusée dans la montagne.

« C’est ici. L’avant-poste de Nauglon, nous sommes presque arrivés » dit Lotharo avec enthousiasme.

Le temps de monter les quelques marches, nos compagnons se trouvèrent devant les antiques portes de l’avant-poste. Celles-ci gisaient au sol, résultat des terribles combats qui ont entraîné la chute de la forteresse.

Lotharo se tourna pour embrasser l’horizon du regard. Au-delà de la brume qui recouvrait le pied de la montagne, le temps était suffisamment clair pour apercevoir les sommets plus au nord. D’un geste, il désigna un point dans le lointain.

« Drulnovar se trouve là-bas.

Après un moment à contempler l’horizon et l’endroit où se trouvait leur ennemi, le groupe s’enfonça dans l’obscurité de la montagne.

Les Ténèbres de Nauglon




Le hall principal de la forteresse était plongé dans la pénombre. La voûte était soutenue par une rangée de piliers. Des bâtiments, dont certains étaient en ruines étaient répartis dans le hall : anciennes auberges, bureaux, boutiques, écuries etc.

« Sans doute un quartier dédié au commerce. Les nains les plaçaient souvent devant la porte principale. » Dit Lotharo. « Les quartiers résidentiels et les industries sont certainement dans les étages inférieurs. » Poursuivit-il.

Le danselame et ses camarades fouillèrent la zone et identifièrent trois passages partant du hall d’entrée. Lotharo semblait très pensif en essayant de déchiffrer les différentes inscriptions qu’ils avaient découverts. Il faut dire qu’aucun membre de la compagnie du Hibou ne parlait le nain.

« Hmmm. Ce symbole-là ressemble beaucoup à celui du feu en primordial. Je suppose que cela mène à la fonderie. » Dit le danselame un peu dubitatif.

« Et tu n’as pas plus de certitude que cela ? J’aimerai bien ne pas me perdre dans un foutu labyrinthe souterrain » Railla Snaefried.

« Très bien, Madame Ombreuse, si vous doutez à ce point de mon intellect supérieur, je suppose que je peux prendre mon grimoire, exercer mon formidable pouvoir arcanique et lancer un sort de compréhension des langages. Ça te rassurerait ? » Objecta Lotharo

« Je préfère oui. »

Annasthéa revint au beau milieu du rituel : « Vous faites quoi ? »

« Cela se voit non ? J’exerce mes talents pour assurer le coup. » Persifla Lotharo sur un ton blasé.

« Il est vexé. Vous avez trouvé quelque chose ? » Demanda Calidor. Lotharo roula des yeux.

« Des traces de bottes. Humanoïdes. Pas humain ou nain ou elfe. Donc potentiellement hostiles. Je pense que cet endroit n’est pas aussi désert que nous le pensions. Il faut faire attention et je préférerais qu’on parte vite. Je ne me sens pas du tout à mon aise. » Répondit l’archère arcanique.

« Moi non plus » ajouta Quine apparut à la suite d’Annasthéa. « J’ai un mauvais pressentiment. Il y a… Je ne sais pas… Il y a quelque chose qui m’inquiète. »

« Allons bon. Et après on dit que c’est moi qui pourrit l’ambiance. » Lança Lotharo entre deux incantations. « Épargnez-moi vos suppositions non factuelles ».

Le rituel accompli, il comprit instantanément toutes les inscriptions en Dethek. Sa supposition s’avéra juste et il ne se priva pas de le dire. La sortie principale menait vraisemblablement au quartier d’habitation. Celle à l’ouest à lamine, la fonderie et à la forge, et la dernière à la nécropole et au temple.

« La logique voudrait que s’il y a une route vers Drulnovar on y accède par le quartier résidentiel. Si on doit évacuer la population vers la capitale c’est plus simple. «  Énonça le danselame

« Oui mais il y a sans doute un passage depuis la forge. Je suppose qu’une partie du minerai allait à la capitale. Dans l’absolu ce serait peut-être mieux de ne pas prendre l’accès le plus fréquenté. C’est là-bas que j’ai vu des traces. » Proposa Annasthéa.

Tout le monde acquiesça et la compagnie descendit vers le niveau de la fonderie. Là, ils arrivèrent à une caverne de taille respectable. Les bâtiments semblaient être des vestiaires pour les ouvriers et des bureaux. Des rails venaient de la mine et partaient vers la fonderie et vers les habitations. Le groupe suivit ce second chemin. Les voies étaient, comme celles de l’étage précédent, pavées, mais elles comportaient un rail pour chariots de mine sur le côté droit, le reste était assez large pour croiser deux charrettes.

Arrivés à une centaine de mètres dans le tunnel, ils remarquèrent que le mur droit s’était effondré et un monticule de terre était entré dans le tunnel. Le groupe s’approcha et découvrit qu’en fait, derrière le mur éffondré se trouvait une caverne.

« C’est étrange on dirait plutôt que le mur a été explosé. » remarqua Lotharo.

“C’est peut-être un tunnel creusé par les assiégeants durant la guerre ?” Proposa Quine.

« La forme du tunnel est étrange. Elle est assez régulière, il n’y a aucun étai. C’est inhabituel pour un tunnel qui aurait été creusé par des sapeurs. » Continua Lotharo

Annasthea s’approcha et regarda le sol autour d’elle puis se figea. « Regardez ça, des traces. Quelque chose s’est faufilé ici ».

« De quel genre ? » demanda Quine visiblement inquiète.

« Visiblement il n’a pas de pattes. Un gros serpent ? Les traces vont dans la même direction que nous » Répondit l’archère arcanique dubitative.

« J’ai entendu parler d’une créature fouisseuse qui creuse des tunnels dans l’outreterre. Je n’ai aucune envie de la rencontrer » continua la prêtresse livide.

« Ne restons pas ici. » Pressa Calidor. « Si ce truc à la taille du tunnel, il ne vaut mieux pas tomber dessus ici. ».

Le groupe avança dans la galerie. Le bruit des pas dans le silence pesant paraissait assourdissant, tant la tension était devenue grande.

La galerie déboucha sur une caverne encore plus grande que la première. Des immeubles de pierres carrés typiques de l’architecture naine remplissaient tout l’espace. Nombre d’entre eux semblaient en ruines. 

« Bon, essayons de nous repérer. » dit Lotharo à voix basse en cherchant du regard un indice de leur position.

Le groupe se mit également à explorer les environs immédiats mais sans s’éloigner les uns des autres. Finalement, Lotharo en déduisit qu’il fallait prendre l’avenue principale. Nos compagnons descendirent donc celle-ci en silence… Ou presque. Calidor trébucha et tomba sur un tas de décombres poussant malgré lui un cri de douleur. Tout le monde se figea. Rien. Pas un bruit. Alors qu’ils poussaient tous un soupir de soulagement, un mur au milieu de la rue perpendiculaire à la sienne explosa sous l’effet d’une force incroyable. La tête conique d’un énorme ver en sortit, balançant d’une direction à l’autre, semblant chercher son chemin. Il se tourna vers le groupe et ouvrit sa gueule garnie de dizaines de dents.

« Courez !!!!!!! » hurla Lotharo en s’élançant en bas de l’avenue principale. Tout le monde lui emboîta le pas.

Derrière eux le bruit d’effondrement et de pierres projetées leur signala que la créature les poursuivait.

Quine était terrifiée à l’idée qu’ils soient tous rattrapés à découvert sur cette avenue et réfléchissait à toute vitesse. Elle repéra une rue perpendiculaire avec ce qui semblait être un jardin et se dit qu’il valait mieux se mettre à couvert. Elle enjoignit tout le monde à la suivre.

« Par ici ! »

Annasthéa et Snaefried la suivirent mais Calidor et Lotharo qui étaient en tête de groupe n’entendirent pas dans le chaos ambiant et poursuivirent leur course. Il était trop tard désormais pour changer d’avis. Quine passa l’arche de pierre à toute vitesse, suivie de peu par Snaefried qui claqua la porte en bois d’un violent coup de pied avant de continuer à courir. Malheureusement, dans la panique elle n’avait pas vu qu’Annasthéa les avait suivis. Cette dernière prit la porte en pleine figure et tomba au sol, éventrant un vieux tonneau au passage. L’archère arcanique tourna la tête. Dans l’avenue, le ver venait de s’arrêter net. Il tourna la tête dans sa direction. Sans attendre de savoir ce qu’il déciderait, l’archère arcanique se remit sur ses pieds et roula dans la cour.

Derrière elle, elle entendit les reptations du ver. Elle n’arriverait jamais de l’autre côté du jardin ou Snaefried lui faisait pourtant signe de venir.  Un bruit la fit se tourner et elle se retrouva face à face avec la gueule ouverte du ver. Cherchant frénétiquement autour d’elle Elle se jeta dans l’ouverture d’une vieille cave d’un seul plongeon.

La créature risquait de tout détruire pour les poursuivre. Profitant de son hésitation devant l’arche de pierre, Snaefried réagit au quart de tour, elle incanta sa main de mage et lui fit ramasser un caillou de bonne taille avant de le jeter plus loin dans la rue. La diversion porta ses fruits. Le ver tourna la tête et se précipita plus bas.

Sans attendre Annasthéa sortit de son abri pour rejoindre Snaefried.

« Euh désolé pour la porte, je ne t’avais pas vu. Ça va ? » dit Snaefried gênée.

« Oui j’ai vu l’abîme d’un peu trop près. Fichons le camp ». Répondit Annasthéa encore secouée.

Quine fut soulagée de les revoir et les guida dans des petites ruelles. Derrière eux, les bruit d’effondrement continuaient mais ils étaient plus éloignés. Ils débouchèrent dans la rue principale juste derrière Lotharo et Calidor qui continuaient de courir.

« Vous étiez où ?! » dit Calidor en regardant par-dessus son épaule.

« Qu’est-ce que tu crois ?! On jouait aux cartes ! » Cracha Snaefried.

La course continua jusqu’au bas de l’avenue et Lotharo repéra le symbole qu’il cherchait, entraînant le groupe vers un tunnel descendant plus profondément dans la montagne.

Une fois en bas, le calme revint.

« Je ne veut plus rester un instant de plus ici » Dit Quine en tâchant de reprendre son souffle.

« J’y travaille ». Répondit Lotharo en déchiffrant les différents symboles présents.

Le danselame les conduisit dans un tunnel sur la gauche qui déboucha sur leur objectif. Une immense caverne voutée, visiblement retaillée au milieu de laquelle se trouvait une route pavée s’enfonçant dans les ténèbres. Devant elle, une sorte de zone de chargement contenant des bâtiments, des restes de chariots, une ancienne écurie.

« Oui ! En route ! » dit Quine avec enthousiasme en déposant un baiser de remerciement sur le front d’un Lotharo qui sursauta de surprise. Elle était en effet pressée de quitter cet endroit.

La compagnie du Hibou Argenté laissa donc Nauglon derrière elle et suivit l’antique route souterraine en direction de Drulnovar.

 

***

Le groupe poursuivit son périple dans le noir, suivant la route souterraine durant des heures. Ils ne firent qu’une halte pour manger.

« On est encore loin ? » demanda Calidor.

« Difficile à dire. Un jour de marche, peut être deux. » répondit Lotharo en mâchant sa ration.

Une fois le repas terminé, tout le monde se leva pour continuer la route. Au bout de quelques mètres Quine remarqua que cela faisait un moment qu’ils n’avaient pas entendu Snaefried, non pas qu’elle soit très causante habituellement, mais tout de même ! La prêtresse se tourna et vit qu’elle était toujours sur son rocher, le regard vide.

Le groupe se porta à son niveau. Un filet de base sortait du coin des lèvres de la roublarde.

Quine la souleva pour l’examiner mais Calidor remarqua qu’elle s’était assise sur un rocher tapissé de champignons mauves.

« Qu’est ce qu’elle a ? » s’écria Annasthéa.

« Je ne sais pas. On dirait qu’elle fait une attaque, une sorte de crise d’épilepsie peut être ? C’est bizarre elle n’a jamais rien fait de tel ».

« Ce sont ces champignons » déclara Calidor « je crois qu’ils sécrètent un suc qui anesthésie au toucher. Ce n’est pas grave. »

« Je loue ta connaissance des plantes souterraines mon brave. Pour m’a part je n’y entends goutte et je n’ai pas d’antipoison sur moi. Combien de temps ça va durer ? » Demanda Quine.

« Elle devrait reprendre ses esprits d’ici quelques minutes. Ensuite elle restera groggy et épuisée pendant plusieurs heures je le crains. » Répondit le barbare.

« Damned ! » Pesta Annasthéa. « Même quand elle ne les cherche pas elle trouve le moyen de se créer des problèmes. »

Le groupe attendit que Snaefried soit en état de marcher et la soutint pour poursuivre le voyage. Au bout de plusieurs heures, ils décidèrent de se poser pour se reposer. Lotharo invoqua l’abri de Leomund derrière l’une des énormes colonnes de soutènement de la galerie. Pendant ce temps, Calidor fit le tour des environs et revint avec des mousses qu’il tendit à Quine.

« Si tu fais un cataplasme avec ça, ça devrait la remettre sur pied. N’en met pas trop c’est un genre de drogue, c’est addictif. Ça a un effet excitant et ça contre la toxine du champignon »

Quine parvint à trouver le bon dosage. Il lui restait de quoi appliquer deux autres doses, donc autant les garder au cas où. Snaefried retrouva peu à peu ses pleines facultés.

Pendant que le groupe s’installa dans l’abri, Quine resta à l’extérieur pour monter la garde. Tout se passa sans problème pendant ce qu’elle estima être deux bonnes heures. Puis la prêtresse entendit un bruit lointain venant de la direction de Drulnovar. Dans une telle caverne le son réverbérait rapidement. Quelques instants plus tard elle reconnu des bruits de voix.

Quine ne voulut pas prendre de risques et incanta un œil arcanique qu’elle fit flotter le long du plafond en direction du bruit. Quine pouvait voir à travers l’œil. Après deux cent mètres elle repéra des orques, ils étaient très nombreux. Peut-être une centaine ! 

Sans attendre la prêtresse prévint les autres. Il y eu un vif débat : combattre ? Ils étaient trop nombreux ! Fuir ? Rester dans l’abri ? C’est finalement cette seconde solution qui fut choisie. Lotharo était formel : il avait bien choisi la couleur de l’abri. Il se fondra parfaitement dans le décor. Comme les orques voient grâce à l’infravision, sans les couleurs ils ne distingueront pas l’abris d’un rocher taillé ou d’un bout de maçonnerie naine effondrée.

Tout le monde entra donc dans l’abri et attendit fébrilement. Le bruit des bottes se rapprocha et tout le monde serra ses armes et se tendit. Sur leur droite, côté route, les silhouettes défilèrent. Aucune ne sembla noter la présence de l’abri.

Soudain un orque quitta la route et se dirigea vers le groupe. Tout le monde se prépara au pire. Snaefried, accroupie, se posta juste en dessous de la créature, prête à frapper. Ils n’étaient séparés que par la paroi de l’abri. C’est alors que l’orque ouvrit ses braies et commença à uriner sur l’abri, à quelques centimètres de Snaefried qui plissa les yeux et se renfrogna. Lotharo et Calidor ne purent réprimer un pouffement nerveux à la vue de cette scène cocasse.

Une fois son affaire terminée, l’orque repartit. Le reste de la troupe s’éloigna. Tout le monde poussa un soupir de soulagement.

« C’était juste ! » Dit Annasthéa en s’adossant à la paroi de l’abri.

« Je vous l’avais dit ! » S’exclama Lotharo satisfait.

« J’espère que cette sale engeance se fera bouffer par le ver ! » Cracha Snaefried.

« C’est bien possible. Au moins il sera bien nourri au cas où nous devrions rebrousser chemin. » Ricana Lotharo.

Quine se laissa tomber lourdement en arrière, soulagée mais nerveusement épuisée.

 

Entrée dans Drulnovar


Après un repos bienvenu, le groupe reprit sa route vers Drulnovar.

Durant des heures ils marchèrent le long de la route, dans le noir. Finalement Annasthéa revint de son avant-garde prévenir les autres qu’elle avait repéré l’entrée d’une immense caverne et surtout qu’elle avait vu la lumière de torches.

Arrivés dans la caverne, le groupe s’avança précautionneusement vers les torches et remarqua une arche de pierre éclairée. Une bonne vingtaine d’orques et un géant était postés devant. Derrière l’arche, un large pont de pierre donnait sur une porte.

L’entrée de Drulnovar, l’antique capitale des nains de l’Echine du Dragon et le repaire de Skarnix.

Le groupe ne portait aucune source de lumière, Snaefried ayant investit dans des lunettes de vision dans le noir. Aussi supposèrent-ils qu’ils n’avaient pas été repérés. Ils se cachèrent derrière un éboulis de rochers et mirent au point un plan. Il fallait trouver un moyen d’entrée et de préférence, en évitant l’arche de pierre. Snaefried se proposa de longer la caverne par la droite et Annasthéa déclara qu’elle ferait de même à gauche. Le but était d’avoir une idée de la taille de la caverne et d’éventuels passages secondaires.

Snaefried se faufila en tâchant de se fondre dans les ombres et de rester hors de portée de l’infravision des orques. Elle ne trouva sur son chemin aucun élément d’intérêt ni aucun passage secondaire. En revanche, arrivé au même niveau que l’arche, elle remarqua qu’il n’y avait pas de parois, mais que la caverne donnait directement sur le précipice qu’enjambait le pont.

La falaise de l’autre côté se trouvait à neuf mètres de distance. La roublarde remarqua que l’arche de pierre située devant le pont reposait en fait sur une paroi de seulement dix mètres de long, le reste donnait directement sur le précipice. La lumière des torches n’éclairant pas aussi loin, le groupe avait postulé que la caverne était fermée, mais ce n’était clairement pas le cas. En poursuivant son observation Snaefried remarqua, de l’autre côté, une anfractuosité à environ cinquante mètres du pont dans sa direction. Elle pouvait clairement voir qu’en retrait du rebord, il y avait le début d’un mur maçonné. C’était un passage dérobé. En promenant son regard plus loin elle remarqua des meurtrières ayant une vue sur le pont et ses environs. Un poste de tir idéal. Fort de ces découvertes elle retourna vers ses compagnons.

Annasthéa de son côté n’avait rien remarqué de concluant.

« Bon on peut supposer que ces emplacements de tirs sont connectés au reste de la cité. Tu es sûre qu’ils ne sont pas occupés ? Tu n’as rien remarqué ? » Demanda Lotharo

« Rien de rien. Ni mouvement, ni lumière, ni bruit. Ça me semble parfaitement désert. » Assura la roublarde.

Le groupe se déplaça à l’endroit dont Snaefried leur avait parlé. Lotharo en examinant le passage dérobé, en conclut qu’il pouvait se téléporter de l’autre côté et y fixer une corde. De plus ils étaient suffisamment loin du pont pour ne pas attirer l’attention et rester totalement hors du rayon des torches.

Incantant son sort Lotharo se matérialisa dans la fissure. Il put constater qu’il y avait effectivement un couloir très étroit qui en partait et qui se séparait rapidement en deux directions : se prolongeant droit, et donnant sur un escalier à droite. Il supposa que le second menait aux postes de tir. Il fixa la corde à un porte-torche nain dont il testa la solidité à plusieurs reprises.

Pendant ce temps, Snaefried, qui démontra à la suspicion de tous, d’incroyables talents pour faire des nœuds fabriquait un baudrier de fortune avec sa corde.

Quine était livide en fixant le vide du précipice.

« Nerveuse ? » interrogea Snaefried avec un rictus.

« Euh non… Je… Enfin j’avoue que je ne suis pas rassurée.» Fit la prêtresse.

« Allons courage petite sœur ça va aller » la rassura Calidor en se lançant le premier. Il se lança tellement fort d’ailleurs qu’il aurait presque pu sauter le gouffre sans corde. Arrivé de l’autre côté il se défit du baudrier et le renvoya pour la suivante. Annasthéa passa à son tour sans encombre.

« A toi. Moi je termine. » Enonça Snaefried. « A moins que tu n’aies trop peur ? »

« Non… Non non, j’y vais. » La prêtresse enfila le baudrier et s’élança. Elle progressa avec peine. En se retournant elle vit Snaefrid lui faire un sourire sadique en faisant mine de couper la corde. Blême elle s’arrêta au milieu du gouffre. Calidor qui avait vu la scène fit un geste d’énervement en direction de la roublarde qui reprit une position neutre en faisant comme si de rien n’était. Le barbare sortit sa propre corde qu’il jeta à Quine et la tira vers le rebord. Elle remercia Calidor et retira rapidement le baudrier pour le renvoyer à Snaefried. La roublarde traversa à son tour avec maîtrise. Une fois de l’autre côté, elle trancha la corde.

« Hé ma corde ! » Ragea Annasthéa.

« Faut pas laisser de traces. » Répondit Snaefried.

« Mais on ne sait même pas si on a une issue de ce côté ! » Renchérit l’archère arcanique.

« Oups. » et un sourire à moitié contrit fut tout ce que la roublarde trouva à dire.

Le groupe prit l’escalier pour commencer et arriva dans une salle de cinq mètres de large et longue de vingt mètres servant visiblement de postes de tir. Quatre squelettes de nains gisaient à différents endroits de la pièce, que Snaefried fouilla évidemment pour en retirer les richesses.

Deux balistes naines étaient positionnées quelques mètres en retrait de deux meurtrières plus grosses alignées dans la direction du pont. Lotharo vint les examiner. Les deux machines portaient des runes de protection pour préserver les matériaux mais une seule d’entre elle était encore utilisable à condition d’y mettre une corde.

« Voilà qui est parfait. Il y a même de jolies munitions dans le fût ici. Si on doit prendre d’assaut le pont nous avons un appui de choix ». Dit Lotharo.

« Je préfère éviter. Allons explorer le couloir. » Répondit Annasthéa.

Le couloir se prolongeait sur une dizaine de mètres avant de donner sur un escalier descendant et de poursuivre. Là, les compagnons comprirent pourquoi les postes de tir étaient abandonnés : un éboulement venait de bloquer l’entrée donnant sur l’intérieur de la forteresse.

Snaefried se sentit un peu mal à l’aise. Ce n’était peut-être pas une bonne idée d’avoir coupé tout de suite cette corde.

« Euh…Il y a peut-être une sortie de secours ? » Dit-elle à Lotharo

Le danselame excédé, ne répondit pas et se mit à réfléchir. La roublarde qui se sentait un peu jugée se proposa d’aller en éclaireur au bout du couloir. Elle arriva à un tournant qui donna sur une première pièce, très petite, servant de latrine vraisemblablement, puis une seconde qui devait être un dortoir. Elle entreprit de la fouiller mais son œil fut de suite attiré vers d’autres cadavres de nains qu’elle délesta de leurs antiques pièces.

« Tu as trouvé une issue ? » Dit une voix derrière elle. Annasthéa venait d’entrer dans la pièce.

« Non il n’y a rien. » Répondit machinalement la roublarde toute occupée à son larcin.

« Et ça c’est quoi !? »

Snaefried se retourna et constata que Quine, les mains sur les hanches la dévisageait avec réprobation et qu’Annasthéa lui désignait un trou dans le plafond à côté de la porte.

« Ah oui, ça. J’allais y venir » Se défendit-elle.

« C’est cela oui.» Persifla Calidor.

« Il y a un trou en haut, je vois une voûte maçonnée. Il y a peut-être un étage. C’est assez large pour une personne. »

« Je vais y aller. Calidor fais-moi la courte échelle s’il te plaît. » Dit Quine.

Le barbare s’exécuta et la prêtresse se faufila dans le conduit. Il y avait effectivement une voûte. En fait, en grimpant un peu, Quine passa la tête dans ce qui semblait être un couloir étroit et bas de plafond. Ce couloir -plus une rampe d’ailleurs - montait graduellement en pente assez douce mais régulière depuis la direction de la porte obstruée. Il devait sans doute rejoindre celle-ci en déduisit la prêtresse. Quant à savoir où il menait…. De là où elle était, sa vision dans le noir ne portait pas assez loin pour le savoir. Mais elle remarqua des petits points lumineux dans le lointain.

Elle se hissa à l’intérieur et fit signe aux autres de monter. Une fois tout le monde en haut et après avoir eu confirmation que la section basse du couloir était elle aussi obstruée, le groupe monta la rampe qui s’éleva à presque dix mètres avant que le mur gauche ne s’arrête et que la rampe devienne une simple corniche.

En atteignant la fin du mur latéral le groupe fut impressionné par la vue : Une caverne immense s’offrait à eux, contenant une ville de bonne taille, bien plus grande que Nauglon. Celle-ci était plongée dans une pénombre grâce à un système ingénieux de miroirs qui réfléchissaient la lumière depuis des conduits extérieurs, qui servaient également d’aération. La plupart devait avoir été abîmée avec le temps mais ils fournissaient encore une lumière résiduelle. La corniche devait d’ailleurs servir à les entretenir.

Bien que de nombreux bâtiments soient effondrés ou en ruines, les immeubles exquis, les places et les temples exsudaient toujours un caractère majestueux. Les axes centraux de la ville étaient éclairés par des globes de lumières, sans doute pour permettre aux serviteurs de la liche qui n’étaient pas doués d’infravision, comme les géants par exemple de se repérer et de circuler. D’innombrables silhouettes se rassemblaient sur la place centrale de la ville, en face du palais royal.

Le groupe avança sur sa corniche de manière à être le plus près possible mais en restant dans l’obscurité derrière les miroirs. Des bataillons entiers de morts vivants de tous types, des orques et des géants se mettaient en rangs devant les escaliers du palais royal. Un géant de givre à la stature imposante se trouvait au premier rang, non loin de lui, un tyrranoeil à la peau nécrosée flottait. Enfin les rangs des squelettes s’écartèrent pour laisser passer une silhouette familière des aventuriers : un chevalier revenant monté sur un destrier squelette caparaçonné qui avançait vers l’escalier.

Aucun de nos héros n’avait oublié le sinistre boucher d’Ambrebois.

Une fois toutes les forces rassemblées, il y eu un moment d’attente et de silence. Puis les portes du palais royal s’ouvrirent.

Une couche de givre saisit soudain les portes antiques et le sol devant elles, tandis qu’une brume bleuâtre sortait du bâtiment. Les Orques et les géants extatiques se mirent à frapper leurs armes sur le sol ou sur leurs boucliers en poussant des vivats qui contrastaient avec le froid silence des morts vivants.

Une silhouette émergea de la brume avançant résolument vers le bord de l’escalier. On aurait dit au premier abord un squelette mais il dégageait de lui une aura de terreur et de désespoir. Engoncé dans une armure composé d’un plastron finement ouvragé recouvrant une cotte d’acier bleuté fendue descendant jusqu’aux chevilles, la créature portait une couronne d’acier et un bâton noir à tête de hibou couvert de runes luisantes.

Enfin les aventuriers voyaient leur ennemi : Azal Skarnix, la liche. Haut-Mage du Nord et Seigneur du mal.

La liche sembla parler à ses troupes mais les aventuriers ne distinguaient aucune parole soit qu’ils aient été trop loin, soit que leur ennemi utilisa la télépathie. Skarnix se tourna vers le chevalier. Après quelques minutes ce dernier dégaîna son épée en guise de salut et se dirigea vers l’avenue principale, en direction de la porte extérieure, entrainant à sa suite la quasi-totalité des troupes présentes. Visiblement le général de Skarnix allait amener une nouvelle armée combattre les humains et les elfes.

Restaient sur la place deux groupes distincts l’un composé de morts vivants avec le tyranoeil a sa tête et le second de géants et d’orques. La liche s’adressa à ces derniers avant d’entrer dans le palais. Les lourdes portes de fer se fermèrent derrière elle. Les deux groupes de monstres se séparèrent partant dans deux directions différentes.

« Bon, ça fait déjà ça en moins. » Murmura Snaefried en regardant l’armée ennemie s’éloigner.

« Il en reste déjà bien trop. » Maugréa Annasthéa.

Le groupa resta plusieurs minutes à observer les allées et venues des patrouilles ainsi que la configuration des lieux.

Soudain tous furent secoués par une vague arcanique qui balaya toute la zone. Sensibles à la magie les membres de la compagnie du Hibou furent assaillis d’une migraine soudaine et comprirent tout de suite qu’un sortilège d’une puissance phénoménale venait d’être lancé. Un éclair d’énergie violette partit d’un temple sur la droite et frappa des focaliseurs entourant le palais. Un second éclair similaire jaillit depuis une caverne sur la gauche. Les focaliseurs répercutèrent l’énergie qui prit la forme d’un épais dôme de force arcanique qui entoura le palais royal. Lorsque nos héros reprirent leurs esprits quelques instants plus tard, ils sentirent qu’une source d’énergie encore plus forte sembla bientôt pulser de l’intérieur même de ce dôme.

Un rituel terrible était à l’œuvre.

 

Le Temple de Moradin


« On dirait qu’il va falloir trouver un moyen de passer ce dôme pour atteindre notre ennemi. » Enonça Annasthéa.

« Quel que soit ce que Skarnix prépare, le temps semble compter » Déclara Quine.

Lotharo était fasciné.

« Hé le mago ! Comment on rentre là-dedans ? » tança Snaefried.

Soudain tiré de sa rêverie, Lotharo sembla retrouver ses esprits

« Eh bien euh, c’est évident. Skarnix souhaite s’assurer de ne pas être dérangé pour son rituel. Il a donc mis en place un sort de barrière. Si nous voulons le désactiver, il faut détruire les deux sources d’énergie qui l’alimentent. »

Le groupe échangea et décida de commencer par attaquer le temple car il se trouvait le plus proche de leur position. Ils longèrent la corniche et redecendirent de l’autre côté de la caverne.

Une fois en bas, ils furent heureux de constater que la porte semblait toujours en place. Mais leur soulagement fut de courte durée quand il se rendirent compte que celle-ci semblait avoir été scellée à son cadre avec le temps.

« C’est coincé. Tout cette saleté est bien solidifié.» Dit Snaefried.

Et merde ! Il faut qu’on passe bon sang ! » pesta Annasthéa. « Tu peux la crocheter ? »

« Qu’est ce que tu ne comprend pas ma vieille ?! C’est scellé ! Je peux te défoncer la serrure que ça ne changerait rien du tout ! » La rabroua Snaefried

Annasthéa descendit d’un ton. «Très bien. Calidor ! Tu ne peux pas la forcer ? »

Le barbare se mit devant la petite porte et essaya de toutes ses forces de la faire bouger mais sans succès.

« Désolé soeurette. C’est une porte en métal bien épaisse. Trop dur pour moi, je ne suis pas un ogre non plus ! »

« Bon eh bien je suppose qu’on va remonter et se taper une bonne escalade de vingt mètres en descente en espérant ni se rompre le cou ni se faire repérer » Dit Lotharo

« On a déjà vu pire à Ambrebois pour aller dans la caverne de Ruisselune. » Maugréa Annasthéa

« Laisser moi essayer quelque chose » Dit Quine. Elle s’accroupit devant la porte et lança un sort de Réparation sur le bas de l’embrasure. La rouille disparut et le métal reprit son aspect initial. Elle continua le long de l’encadrement de la porte jusqu’à en avoir fait le tour avant de l’ouvrir sans difficulté et sans un bruit.

Lotharo sourit et applaudit. Il était impressionné.

« Je savais que ça me servirait un jour à autre chose qu’à réparer vos vêtements. » Dit Quine avec un sourire malicieux.

Annasthéa et Snaefried jetèrent un coup d’œil dehors et firent signe aux autres que la voie était libre. Ils conduisirent leurs amis à travers les ruelles silencieuses en direction du temple. Le passage de patrouilles de nécrophages leur rappela que le domaine de l’ennemi n’était pas désert. Ils parvinrent à les éviter et arrivèrent devant le temple. Il n’y avait personne en vue.

« Bizarre… » Marmona Annasthéa.

« Ils se pensent peut-être invulnérables. Ou bien ils sont juste stupides. Ça reste des orques et des géants après tout » Proposa Lotharo.

« Je vais y aller » Dit Snaefried.

La roublarde se faufila jusqu’aux marches du temple et se colla contre la rambarde de pierre. Après un coup d’œil aux alentours, elle monta les marches et entra dans le temple. Quelques instants plus tard elle redescendit.

« Alors il y a un géant et une dizaine d’orques dans la pièce principale. Ils n’ont pas l’air très attentifs on peut peut-être les prendre par surprise. Je n’ai remarqué aucun piège sur le chemin. » Informa Snaefried.

« Bonne idée. » Ajouta Annasthéa. « En route, le plus discrètement possible. »

Les compagnons se faufilèrent avec furtivité jusqu’à l’escalier et le gravirent pour entrer dans le bâtiment. Le couloir dans le bâtiment donnait sur une porte entrouverte d’où provenaient des rires et des éclats de voix.

Nos amis dégainèrent lentement leurs armes. D’un signe de tête ils se préparèrent à foncer vers la porte quand soudain…

BOUM ! Le fracas d’un gros bénitier en cristal sur le sol retentit et se répercuta dans les alentours. Les éclats de voix cessèrent brusquement.

Lotharo poussa un soupir las. Annasthea ferma les yeux les dents serrées.

Calidor venait de se prendre les pieds dans le support métallique portant le bénitier et ce dernier était tombé.

Lotharo et Annasthéa se regardèrent un instant puis hurlèrent de toutes leurs forces.

« Raaaaaaaahhhhh !!!!! » il coururent vers la porte et l’ouvrirent à la volée.

« Raaaaage !!! »  hurla Calidor après avoir bondit sur ses pied. Il fonça rejoindre ses amis. Quine et Snaefried suivirent.

La surprise ne fut pas totalement perdue puique leurs adversaires étaient encore en train de ramasser leurs armes.

Lotharo incanta une boule de feu qui carbonisa deux orques et en blessa 3 autres ainsi que le géant.

Telle une furie Calidor entra dans la pièce et fonça sur le géant en poussant un hurlement primal. Comme toujours une onde de force jaillit tandis que la magie sauvage se matérialisa autour de lui… en un champ de fleurs touffu qui cependant semblaient agripper les bottes de leurs adversaires. Il percuta le géant et le blessa tandis que ce dernier s’acharna sur ce petit elfe enragé qui ne semblait pas ressentir de douleur.

Sans lui laisser le temps de continuer Snaefried et Annasthea bombardèrent l’imposante créature de flèches et elle s’effondra.  Quine brûla un orque de sa flamme sacrée.

Les orques étaient désemparés mais un second géant arriva d’une porte sur la droite.

« Qu’est ce qui se passe ici ! » cria-t-il avant de réaliser la situation et de se jeter au combat. Calidor se prépara à recevoir le géant mais subit à la place des flèches des archers orques. Le géant attrapa un autre gros bénitier et le propulsa sur Annasthéa qui fut percutée de plein fouet et envoyée valdinguer dans le couloir.

Enervée, l’archère arcanique bondit sur ses pieds et avança la rage au ventre dans la pièce. Calidor avait engagé le nouveau géant. Avisant la situation, l’archère arcanique encocha deux flèches et abattit deux orques. Une lance de force la blessa et elle remarqua un chamane orque. Snaefried l’avait vu aussi et le blessa gravement. De nouvelles flèches orques visèrent Lotharo et Calidor mais aucune ne toucha.

Annasthea fit rapidement taire les archers tandis que Lotharo vint aider Calidor à abattre le géant et que Snaefried éliminait le chamane. Un troisième géant émergea de la même pièce sur la droite. Seul il n’avit aucune chance et le groupe entier le larda de tirs et de sorts.

« Bon ça ne s’est pas trop mal passé. » Dit Calidor.

« Ca aurait pu être plus simple. » Cracha Snaefried.

La roublarde se rendit sur la porte à gauche et jeta un coup d’oeil tandis que Lotharo faisait de même sur celle de droite.

A gauche, Snaefried passa dans un petit couloir donnant sur une autre porte fermée dont émanait des cris et des bruits de casseroles. Elle entrouvrit et vit une cuisine improvisée où un chef Troll avec une toque beuglait des instructions à quatre marmitons orques maladroits. Au vu du bruits et des cris dans cette pièce, ils n’avaient vraisemblablement rien entendu du combat dans la grande salle. Snaefried referma la porte et la crocheta pour la verrouiller avant de faire de même pour la seconde porte.

A droite, Lotharo suivit un couloir donnant sur un escalier amenant au premier étage. Au sud une porte ouverte donnait sur une sacristie réaménagée en dortoir. Une odeur de chien mouillé et d’excrément emplissait la pièce.

Les deux revinrent faire leur rapport au reste du groupe. Les cuisiniers n’étaient pas une priorité. Si on pouvait éviter des combats inutiles c’était une bonne chose.

La compagnie prit donc l’escalier pour arriver dans la grande salle du premier étage.

Cette immense et majestueuse salle devait autrefois résonner du fracas des marteaux sur les enclumes sous le patronage de Moradin. A présent, la statue de Moradin au sud était vandalisée et seul le maître autel était encore en place. Il servait de réceptacle à un portail nécrotique dont semblait émaner une énergie négative infinie. Derrière lui se trouvait le géant du givre qu’ils avaient vu sur la place. Deux ettins se trouvaient également dans la pièce

De chaque côté de la salle, deux plateformes en arcade situées plus de quatre mètres au-dessus du sol comportaient chacune deux focaliseurs plus petits qui drainaient et renvoyaient à l’extérieur les effluves arcaniques. Des orques armés d’arcs les gardaient

Sitôt entré, le groupe fut apostrophé par le géant.

“Des intrus ! Enfin de l’action ! Vous allez mourir pour vous être opposés au maître ! Et moi Borgir je me couvrirais de gloire en son nom ! A l’attaque !”

Snaefrid entama le combat en visant la tête d’un des ettins qui hurla de douleur, Calidor fonça pour intercepter le même géant et Lotharo engagea le second. Quine resta en retrait pour soutenir ses alliés de ses sorts tandis qu’Annasthéa s’avança pour tirer sur les orques situés sur la corniche au-dessus d’eux, en tuant trois. Elle évita de justesse un morceau de statue que Borgir lui jeta à la figure.

« Oh non pas cette fois ! » Murmure-t-elle en faisant une roulade sur le côté.

Snaefried ne fut cependant pas assez rapide, car Borgir s’avança rapidement et la blessa puis l’assomma d’un coup de bouclier qui l’envoya au sol. Dans la foulée le géant se déchaîna sur elle et la roublarde ne fut sauvée des griffes de la mort que grâce à la magie de guérison de Quine.

Voyant le danger, Calidor et Annasthéa s’acharnèrent sur l’ettin déjà blessé qui fini par tomber. Le second ettin ne parvient pas à toucher Lotharo malgré les rugissements de son chef et le magelame engagea Borgir pour le détourner de Snaefried.

« Graaaaahhh ! Imbécile, fais le tomber ! » Hurla Borgir à son séide.

Joignant le geste à la parole, le géant de givre bouscula Lotharo et une fois au sol le blessa, mais le danselame parvint à conserver sa concentration sur son sort de flou.

Snaefried en profita pour se relever et se désengager et elle blessa gravement Borgir avec un tri sournois.

« Tu me paieras ça !! » Cracha-t-il. Avant d’être brûlé par une flamme sacrée de Quine.

Les orques sur l’autre corniche tirèrent sur Annasthéa et la blessère mais elle riposta vigoureusement en les abattant tous.

L’Ettin, imitant son chef parvint à faire tomber Lotharo et à le blesse, mais là aussi ce dernier parvint à rester concentré. Mais ce faisant, le géant ne vit pas le tir précis de Snaefried qui l’acheva.

Enervé Borgir balaya Calidor et Lotharo de sa massue. Calidor parvint à rester debout mais Lotharo fut repoussé au loin. Dans la foulée le géant de givre avança sur Snaefried paniquée qui prit à nouveau un coup de bouclier en pleine figure et fut étourdie.

Annasthé acheva les dernier archers orques lorsqu’elle sentit quelque chose derrière elle. Elle tourna son arc en direction d’une tête qui dépassait de l’autre escalier, celui qui menait vraisemblablement aux cuisines. C’était le cuisinier troll qui observait la situation. Les ettins et tous les orques étaient au tapis, seul Borgir combattait encore. Annasthéa croisa son regard et ils se fixèrent un instant avant que le troll ne sourit de ses dent jaunâtres et recula dans l’escalier.

Annasthéa fut soulagée, pas de renforts en vue.

Borgir faiblissait, les tirs d’Annasthéa et les flammes sacrées précises de Quine prenaient leur dû. Il tenta un autre balayage qui manqua Lotharo et Calidor mais frappa Snaefried de plein fouet et la mit dans le coma. Lotharo et Calidor unirent leurs efforts et purent enfin abattre le géant du givre.

Le combat avait été rude. Snaefried notamment était mal en point. Quine se précipita à son chevet et la soigna mais elle était encore un peu groggy. Annasthéa sentit quelque chose glisser derrière elle. Du coin de l’oeil elle vit un cadavre d’orque être traîné par un long bras vert vers l’escalier ouest. Le cuisinier troll commençait à faire le ménage.

« Bon appétit » ricana-t-elle.

A sa grande surprise la main réapparut au bord de l’escalier avec un pouce en l’air. Le marmiton ne portait donc pas Borgir dans son coeur finalement. Cela ferait des ennemis en moins à affronter.

La fouille de la pièce mis au jour le trésor du géant, des artefacts nains et elfes de grand prix et notamment une couronne de bronze stylisée qu’Annasthéa se remémora comme celle du seigneur Qendor. Des traces de sang séché étaient visibles sur le métal.

« Il semble que le clan Keiniril soit désormais sans chef. » Observa Quine.

« Bien que je ne le portasse pas dans mon coeur, j’espère qu’il repose en paix et que ses gens sont toujours en vie » Dit Annasthéa.

Lotharo était monté examiner les focaliseurs et les autres le virent les renverser et les briser au sol avant de redescendre.

« Bon ce ne sont pas les mêmes que ceux dans la forêt, ils ne nécessitent aucun rituel, les renverser  de leur présentoir suffit à les briser. Calidor ! Peux-tu aller me détruire ceux de l’autre rangée ? Quine, Annasthéa, je vais avoir besoin de votre aide pour fermer ce portail vers la Gisombre. »

Lotharo sortit ses composants de rituels et avec l’aide de Quine et d’Annasthéa, il parvint à refermer le portail. 

« Bon il vaut mieux qu’on décampe avant que des renforts n’arrivent. » Dit Calidor.

Snaefried maugréa en abandonnant sa fouille des lieux.

Le groupe ressortit précipitamment du temple après avoir vérifié que la voie était libre. Il s’enfonça dans les ruelles et se réfugia dans une maison abandonnée pour s’y reposer.

 

 

Les Cryptes.

Une heure plus tard, ils se mirent en route vers le second lieu qui s’avéra être la nécropole. Sur leur chemin, ils durent éviter de nombreuses patrouilles qui ratissaient la ville. Il ne fallait pas traîner.

Arrivés à hauteur des cryptes ils constatèrent que des sentinelles avaient été postées devant les portes.

« Oh non... » soupira Quine en apercevant une banshee au milieu de plusieurs nécrophages.

« Il faut qu’on détruise cette engeance en premier. Si elle crie, les conséquences peuvent être catastrophiques pour nous. On ne peut pas prendre le risque. » Déclara Annasthéa.

L’archère arcanique fit appel à sa magie pour créer des flèches enchantées qu’elle distribua à ses compagnons. « Ceci devrait nous aider ! »

Cette fois-ci, l’attaque surprise fut couronnée de succès, les aventuriers parvinrent jusqu’au muret délimitant l’entrée et concentrèrent tous leurs efforts sur la banshee qui fut bannit après force tirs magiques. Les nécrophages ripostèrent avec leurs arcs tout en s’approchant, blessant Snaefried mais Quine s’avança et brandit son symbole sacré.

« Vade Retro ! Au nom de Corellon Larethian disparaissez ! »

Trois des quatre nécrophages, terrifiés, s’enfuirent vers des sorties latérales de la cour. Le dernier combattait contre Calidor et résista mais fut rapidement mis en pièces.

« Je ne sais pas si c’était une bonne idée de les repousser ici. Ils risquent de revenir avec des renforts » Dit Lotharo.

« Trop tard maintenant, on fonce ! » Répondit Annasthéa en courant vers l’entrée des cryptes dont émanait le rayon arcanique violet.

Le groupe descendit plusieurs volées de marches quatre à quatre jusqu’à arriver dans une pièce complètement inondée.

« Qu’est ce qui se passe ici ? » S’exclama Annasthéa.

 

« On dirait qu’une rivière souterraine a fini par s’infiltrer. » Répondit Calidor en désignant un trou dans le plafond sur leur droite d’où s’écoulait de l’eau.

Lotharo enfonça sa rapière. « Ce n’est pas trop profond, a mi-cuisses je dirais ».

Quine observait nerveusement l’eau. « Oui mais on ne sait pas ce qu’il y a là dessous. »

Calidor sauta en avant avec un gros plouf comme un gamin rieur. Les autres suivirent. Le barbare repéra une seconde salle, droit devant et une double porte entrouverte sur la gauche. Après avoir constaté que la salle devant était vide et inondée et qu’elle donnait sur un autre couloir, le groupe décida de passer la porte. Le niveau montait légèrement, de sorte qu’au bout d’un mètre il n’y avait plus d’eau. Le couloir aboutissait à une autre double porte en métal finement ouvragée.

Snaefried examina la porte. Elle ne semblait pas piégée et était en fait ouverte. On l’avait visiblement enfoncée avec quelque chose de gros : une grosse créature, ou un bélier car le métal présentait des bosses et la serrure était endommagée. Calidor ouvrit les deux battants et la compagnie observa la pièce sans y entrer.

La salle, de taille plutôt grande était à la fois sobre et majestueuse. Une enluminure en Dethek courait sur toute la longueur des murs. On pouvait distinguer deux couloirs partant vers l’Ouest.  Devant, une rangée de colonnes menait à un sarcophage enluminé posé à la verticale contre le mur nord. Une statue de dieu nain veillait sur lui. Les Murs Ouest et Est étaient creusés et emplis d’autres sarcophages.

Toute la pièce semblait avoir subi les ravages du temps : une colonne s’était effondrée, l’enluminure était détruite à certains endroits, des ossements gisaient au sol et des tas de gravats étaient visibles un peu partout dans la pièce notamment un au centre qui semblait résulter de la destruction d’une statue. Plus inquiétant pour nos compagnons, un peu devant l’entrée gisaient deux cadavres relativement récents, celui d’un ogre et celui d’un orque.

« C’est la Tombe Royale. » Dit Lotharo.

« Il y a surement des richesses ici. » S’enthousiasma Snaefried.

« Moi je ne touche à rien ici, il faut respecter le repos des morts qui se sont battus contre Skarnix » La coupa Quine.

« Ouais ben grand bien t’en fasse. » Répondit Snaefried, provocatrice.

La roublarde s’apprêtait à entrer quand Lotharo la retint par l’épaule.

 

« A ta place j’éviterais. Ce qui a tué ces deux gus peut te réserver le même sort. Si c’est une tombe royale il y a surement des pièges ou des gardiens très puissants »

« On va déjà s’en occuper. » Enonça Snaefried en repoussant la main du danselame.

« Oui eh bien en ce qui me concerne, et je ne suis visiblement pas la seule, tu te débrouilleras toute seule, je n’ai pas envie de gaspiller des ressources ni de risquer ma vie pour piller une tombe alors que la Haute-Forêt et sans doute le Nord tout entier sont en danger. De toute façon le vortex n’est pas dans cette direction. » Trancha Annasthéa.

Joignant le geste à la parole, l’archère arcanique rebroussa chemin, bientôt suivit par tous les autres. Snaefried resta sur place frustrée. Elle serra les dents et les poings, regarda la pièce puis le groupe et soupira avant de fermer les portes et de rejoindre ses compagnons.

La compagnie pénétra dans la seconde salle. Elle était elle aussi inondée. Il s’agissait d’un ossuaire. Tous les murs contenaient des niches. Une statue s’était effondrée sur la partie sud. Un petit couloir donnait rapidement sur une seconde pièce.

Ils poursuivirent avec difficulté à travers l’eau jusqu’à cette pièce identique à la précédente. Au sud, ils repérèrent l’entrée d’une nouvelle salle mais qui était apparemment au sec.

Calidor fut le premier à y entrer. C’était une salle plus grande, avec des murs contenant des niches à ossements qui formaient comme un petit labyrinthe. Le barbare avança et repéra une porte à l’ouest mais il ne voyait pas le fond de la pièce. Il s’avança encore et soudain un souffle glacial balaya la salle, bientôt suivit par le bruit d’une épée que l’on dégaine. Le reste du groupe était entré également mais Annasthéa, restée en arrière entendit un gros PLOUF venant de derrière eux.

A cet instant une âme en peine ayant l’apparence d’un nain aux traits déformés par la rage surgit du mur et blessa gravement Quine qui fut affaiblie par le contact nécrotique de la créature. Snaefried réagit immédiatement en tirant un carreau de son arbalète enchantée qui fit reculer la créature. Quine en appela aux esprits gardiens et la créature fut dissipée. Dans le même temps un nécrophage se jeta sur Calidor depuis un coin de mur et derrière le groupe les nécrophages de l’entrée les prenaient à revers.

Lotharo lança une vague tonnante pour repousser ces derniers avant que Quine n’ordonne aux esprits de les attaquer. Annasthéa cribla les créatures de flèches et Snaefried alla porter assistance à Calidor. Rapidement les morts-vivants furent détruits.

 

« Ca va ? » demanda Lotharo à Quine.

« Ca ira. Je... Je me sens faible. Son contact glacial a été très douloureux. J’ai ressenti sa... sa rage et sa cupidité. » Répondit Quine qui peinait à tenir debout.

Snaefrid et Calidor terminèrent l’exploration de la salle et repérèrent une autre porte au sud. Dans le coin nord-est, la roublarde avisa un squelette de nain immergé dans un trou d’eau. En l’examinant de plus près elle remarqua qu’il serait un sac. Le tintement caractéristique des pièces la fit sourire et elle vida le contenu dans son sac sans fond.

Voilà une petite compensation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







lundi 18 mars 2024

Compte rendu de partie D&D5 : Renaissance - 9

 

Renaissance

Compte-rendu n°9 – partie du 26 octobre 2023

 La compagnie du Hibou Argenté : 

  •  Annasthéa Serindë, l’archère arcanique cherchant à faire renaître le vieux royaume de la Haute Forêt,   
  • Quine Holimion la Prêtresse de Corellon Larethian,
  • Lotharo Siannodel, le chantelame en quête de savoir
  • Calidor Eaucalme le barbare qui cherche à protéger le monde des lapins garous
  • Snaefried Ombreuse, seule non-elfe du groupe, une humaine roublarde des quartiers chauds de Solaun qui suit la compagnie en recherche de richesses.

 

Séparations



Le groupe sortit de la tombe dans un silence pesant. Dornil, les yeux dans le vide semblait plongé dans la réflexion et la mélancolie. Il accepta la nourriture et l’eau qu’on lui tendit mais il semblait être ailleurs.

« Il va falloir se mettre en route vers le point de rendez-vous avec Elefria. » Dit Annasthéa en scrutant les montagnes Couvre-cîmes.

Le groupe opina et rassembla ses affaires pour se mettre en route. Il monta les contreforts des Couvre-cîmes via le petit sentier qui menait au col qu’Elefria leur avait décrit. Le temps était nuageux et la forêt inhabituellement silencieuse.

Le sentier serpenta de plus en plus jusqu’à arriver dans une corniche à l’entrée de laquelle Elefria les attendait. La jeune elfe se jeta dans les bras de Dornil qui lui rendit un sourire pâle mais sincère. Elle sembla comprendre instinctivement qu’il avait traversé de dures épreuves. Elle ne posa pas de question sur ce qui s’était passé dans la tombe.

« La voie est libre. Je n’ai aperçu qu’une patrouille mais comme je le supposais, ce secteur est peu connu et donc encore relativement sûr. Si nous nous dépêchons nous pourront passer le col et arriver dans les terres du nord.

Annasthéa accompagna Elefria en avant du groupe. La petite troupe passa la corniche avec malgré tout beaucoup de nervosité. L’endroit  se transforma sur la fin en une passe qui n’offrait aucun refuge. S’ils croisaient des ennemis en chemin cela pourrait très mal tourner.

Mais il n’en fut rien. Une fois de l’autre côté, nos héros trouvèrent un creux dans un monticule, entouré de sapins, un poste d’observation idéal et abrité.

Lotharo sorti ses composants et incanta son rituel d’invocation de l’abri de Léomund dans le soir couchant. Les nuages s’étaient quelques peu levés et les derniers rayons d’un pâle soleil mettaient en valeur la majesté de la Haute Forêt.

Cela ne dura qu’un temps. Une fois les ombres étendues sur le monde, l’atmosphère changea.

Nos amis se répartirent les tours de gardes. Quine fut la première à s’y atteler. Rien ne vint troubler sa garde, ce qui était inquiétant en soit. La forêt semblait dépérir. Le cœur de la prêtresse se serra. Elle contempla à nouveau les vrilles arcaniques mauves se soulever du sol dans le lointain et partant vers le nord… vers Drulnovar, leur destination.

Quine fut interrompue par Annasthéa qui lui tapota l’épaule. Elles échangèrent un regard entendu après avoir ensemble contemplé l’horizon étoilé.

Annasthéa s’installa et finit elle aussi par se plonger dans une réflexion morose sur l’avenir de la Haute Forêt. Elle était perdue dans ses pensées quand Dornil s’assit à côté d’elle.

« Je ne trouve pas le sommeil. » Dit-il. « Je vous dois la vie, ce que vous faites pour nous est inestimable. Mais si je puis vous faire une demande, je souhaiterais que vous me racontiez tout ce qui s’est passé après mon enlèvement. Hestia m’a dit certaines choses, mais je ne sais pas si je pouvais la croire. Pourtant je constate l’horreur qui s’est abattue sur nos terres. Comment en est-on arrivé là ? »

Annasthéa raconta bien volontiers à Dornil tout ce qu’ils avaient fait durant sa captivité : la fuite de Solaun, le combat à Cornevent, le sauvetage à Alsidia et la révolution à Solaun.

« Je comprends mieux. Le plan de notre ennemi est complexe mais implacable. Il nous tient désormais dans son étau. Mais grâce à vos actions je vois que tout espoir n’est pas perdu ».

Un silence tomba un instant, Annasthéa continuait de contempler le ciel étoilé tandis que Dornil semblait plongé dans une profonde réflexion. Il finit par reprendre la parole.

« Je pense que je vous dois des remerciements supplémentaires. Vos actions m’ont fait prendre conscience, que quel que soit l’ampleur de l’adversité il allait falloir que je reprenne mon destin en mains si je veux pouvoir aider à sauver la Haute Forêt. Vous êtes embarqués dans une quête quasi désespérée contre un ennemi mortel. Nous devons donc tous faire notre maximum pour vous donner un maximum de chances de réussir. Je ne pourrais vous aider par la force des armes, mais j’ai, je le pense, un autre rôle à jouer : je dois rassembler ce qui reste de notre peuple et faire payer si durement à Skarnix ses méfaits qu’il ignorera votre venue. »

« Voilà qui est parlé comme un prince » observa Annasthéa avec un sourire entendu.

« Je dois en tout cas faire de mon mieux pour être digne de ce statut. »

Dornil se leva, plein de résolution. Derrière lui Lotharo sortait à son tour de l’abri pour prendre son quart.

« Demain nous serons sur les terres de mon clan. Je vous guiderai à travers les bois. Je pense qu’il faut que nous partions à la recherche des miens, ils pourront nous aider à vous assurer un passage vers Drulnovar. »

« C’est une bonne idée. Cela nous permettrait de grandement augmenter nos chances d’y parvenir discrètement et rapidement. »

Les deux retournèrent dans l’abri tandis que le magelame prit leur place sans mot dire.

Après s’être assuré d’être seul, il sorti son livre et contempla les étoiles. Les vrilles mauves lui apparaissaient fascinantes plus qu’effrayantes. Malgré lui il chuchota quelques cantiques de l’Aghna Grul avant de s’arrêter, choqué de sa propre audace. Lotharo resta à contempler silencieusement le ciel, avant de reprendre sa lecture.

Le lendemain matin, le groupe se réveilla dans une forêt toujours atone. Après un bref conciliabule, Dornil soumis aux autres sa proposition d’aller à la recherche de réfugiés elfes.

« Je connais les abris de ce côté-ci de la montagne. Ce sont nos terres. » Dit Dornil avec assurance.

La compagnie opina du chef.

Le prince prit la tête de la troupe et les guida à travers des sentiers bien cachés entourées de fougères, invisibles aux yeux non avertis. Le groupe erra plusieurs heures dans les frondaisons, tâchant de se faire le plus discret possible.

 

Devant une falaise recouverte d’herbes tombantes et de lierres, Dornil s’arrêta soudain et fit signe au groupe de rester derrière. Il avança et parla en elfique des séries de phrases qui ne semblait avoir aucun sens. Quelques instants après, elles reçurent une réponse. Un elfe émergea de derrière les lierres, un arc à la main. Il avança, vit Dornil et se figea.

« Monseigneur !? Nous vous croyions mort ! »

« Je l’ai bien cru moi aussi Gorduil. C’est une longue histoire. Peux-tu nous donner abri à moi et mes compagnons ? »

« Bien sûr Monseigneur. »

***

Quelques heures plus tard nos amis se retrouvaient dans la caverne, devant un feu et autour d’une tasse de thé de racines de Beshiig. Gorduin venait d’écouter le récit des derniers événements et ne cachait pas sa stupeur.

« Voilà une incroyable histoire ! Hestia est donc défaite et Solaun vient à notre secours ? Inattendu mais qui redonne de l’espoir. C’est peut être bien tard cependant, l’ennemi est puissant et nous sommes si peu nombreux. Si Solaun arrive cela explique pourquoi l’armée ennemie se déporte vers l’ouest. »

« Justement, il faudrait que les elfes parviennent à rassembler leur force pour combattre l’ennemi. De la sorte, nous pourrons entrer dans Drulnovar et mettre un terme à tout cela. » Répondit Annasthéa.

« Ce sera une tâche difficile, nous sommes dispersés et n’avons que peu de  communication avec les autres groupes, pour ce qui est des autres clans nous ne savons pas ce qu’ils deviennent. Pour autant que nous le sachions, ils peuvent avoir été anéantis. » Dit Gorduin, en agitant la tête, le désespoir semblait avoir pris racine dans le cœur des survivants.

« Mon clan est encore debout! Nous pouvons apporter notre aide, j’en suis sûr » s’écria Elefria.

« Ne vaut-il pas mieux tenter sa chance les armes à la main plutôt que de périr comme un rat ? » persifla Lotharo.

Quine lui donna un coup de coude pour le faire taire. Dornil leva la main en signe d’apaisement.

 « Justement Gorduin, je vais le faire. Je vais rassembler le clan, et au-delà de cela, je veux aller trouver les autres pour frapper l’ennemi. Il faut être rapide. Je sais que Cardwel est épuisé mais il faut qu’il communique avec ses collègues prêtres et tous ceux qu’il peut contacter par magie. Pour les autres, il me faut quelques-uns de tes meilleurs hommes pour m’accompagner et aller rapidement les trouver.».

Semblant sortir d’un rêve, Gorduin regarda son prince avec détermination.

« Oui… Oui vous avez raison. Je viendrais avec vous mon prince. »